Un pari sur l’avenir

« Un maestro n'est pas forcément un Monsieur. »
Norman Lebrecht, écrivain et commentateur culturel (Grande-Bretagne)

Les membres de l'aisbl « Femmes Maestros » ont toujours insisté sur le fait que leur démarche n'est en aucune manière  dirigée contre les chefs masculins.

Et certains hommes, l'ont bien compris. A commencer par sir Simon Rattle qui a été un des premiers à manifester sa sympathie pour l'association. Et dans ses écrits, l'écrivain et musicologue Norman Lebrecht invite les amateurs de musique à lutter contre ces préjugés antédiluviens et exige qu'on accorde aux femmes chefs d'orchestre la confiance qu'elles méritent. Elles sont peut-être notre meilleur espoir, conclut-il.

Ce qui rejoint notre propos. Les mentalités évoluent. Même si les femmes sont encore peu nombreuses à accéder au podium, on ne s'étonne plus de les y voir.

Déjà au cours du Colloque de 2003, on avait constaté l'émergence d'une jeune génération qui ne se laisse plus décourager et entend prendre son destin en main. Elles n'attendent pas un engagement aléatoire mais s'unissent entre jeunes pour se créer des opportunités d'exercer leur profession. En recherchant ou en organisant des manifestations, en réunissant en orchestres  des instrumentistes nouvellement diplômés.

L'association est là pour les y aider... jusqu'au moment où elle n'aura plus de raison d'être.

Car nous n'espérons qu'une chose. C'est qu'un jour cette association «Femmes Maestros» que nous avons créée avec ardeur et que nous maintenons en vie à bout de bras, cessera d'exister.

Parce qu'on n'aura plus besoin d'elle, parce que les mentalités auront changé, entraînant dans leur sillage les réalités économiques.

Parce que le jour sera enfin venu où, sur le podium, on ne verra plus un homme ou une femme, un pantalon ou un jupon pour parler comme Richard Strauss, mais tout simplement un musicien compétent.

En mars 2000, la regrettée Françoise Giroud nous écrivait :
« Je ne sais si une Association des femmes maestros les aidera à surmonter quelques unes des difficultés spécifiques qu'elles doivent encore affronter comme toutes les femmes qui visent haut, mais je leur souhaite à toutes courage et succès. »

Avons-nous triomphé de ses doutes ? Avons-nous répondu à son attente ? Où en sommes-nous ?

Si certains projets se sont réalisés, d'autres accomplissements se perçoivent moins. Mais nous pouvons affirmer que l'attitude vis à vis des femmes maestros a évolué.

Dans un sens positif.

En 1999 quand nous préparions notre première Table ronde, l'idée même qu'une femme puisse diriger un grand symphonique provoquait souvent une incrédulité amusée. Aujourd'hui une femme s'avançant sur le podium n'étonne plus ... ou beaucoup moins...

L'an dernier, le Concours Musical International Reine Elisabeth a pour la première fois invité une femme à diriger les finales.

Y avons-nous contribué ? Soyons modestes. Nous l'avons fait, oui, dans la mesure de nos moyens...

Et nous adressons nos remerciements à nos mécènes qui nous ont soutenu et, nous osons l'espérer, nous soutiendrons encore...  Car si modeste que notre action puisse paraître, nous pouvons affirmer qu'elle n'a pas été inutile.

Nous la poursuivrons afin d'atteindre, dans un avenir plus ou moins proche, le but poursuivi en l'an 2000.

Alors notre association n'aura plus de raison d'être  puisque sur le podium on verra non plus un homme ou une femme mais tout simplement un musicien compétent.